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Portrait d’un chirurgien-dentiste : Anne, 18 ans d’activité en prison

Posté par  le 
24 octobre 2013

L’accès aux soins bucco-dentaires en milieu carcéral, c’est le combat d’Anne B., chirurgien-dentiste responsable du service soins dentaires du CHRU de Lille sur les établissements pénitentiaires de Lille-Séquedin et Lille-Annoeulin. Elle témoigne dans la revue l’Indépendentaire du mois de Septembre 2013. Plongée dans le parcours inédit de cette professionnelle.

Après 12 ans d’exercice en cabinet libéral, Anne décide de se consacrer à l’exercice en milieu carcéral. Un choix qu’elle prend comme un challenge. En effet, au milieu des années 90, la mission d’accès aux soins en prison est réformée : face à la montée du SIDA et des difficultés médicales rencontrées dans le milieu carcéral, le Ministère de la Santé décide de se porter responsable du système sanitaire pénitentiaire. L’Etat forme des Unités de Consultations et de Soins Ambulatoires (UCSA) avec du personnel du service public hospitalier : «  En 1994, on m’a proposé d’exercer en milieu carcéral. (…) Il fallait tout structurer. Le cabinet dentaire était entretenu par un détenu qui n’avait pas de formation pour le faire. Les conditions d’hygiène étaient à revoir. Nous n’avions pas d’assistantes, » raconte-t-elle au journaliste de l’Indépendentaire.

DES QUALITÉS HUMAINES ET SOCIALES

Cet important changement dans son activité demande à Anne beaucoup d’adaptation et de patience : « Dans ce milieu, toute décision doit faire l’objet d’un consensus entre la santé et la justice et cela retarde l’application ». Ces qualités humaines et sociales lui sont également essentielles au bon exercice de son métier, surtout pour établir une confiance avec des patients souvent sur la défensive : « La relation est différente au secteur libéral car elle est biaisée par un contexte d’impératifs et de sécurité. Les règles peuvent générer un sentiment de défiance chez le praticien et perturber la relation, en particularité en cas de dangerosité importante. Mais en 18 ans, je n’ai jamais eu de problèmes de sécurité au sein du cabinet ».

UN MANQUE D'EDUCATION BUCCO-DENTAIRE

Au travers cette pratique, Anne suit une population tout à fait particulière en termes de pathologique. Avec une moyenne de cinq dents cariées et cinq dents absentes, elle constate que l’état bucco-dentaire des personnes incarcérées se trouve plus dégradé que celui de la population extérieure : « Les pathologies des patients sont souvent à un stade très avancé et relatives à la consommation de stupéfiants ou de situations de violence. »

En prison, Anne propose à ses patients des parcours de soins similaires à ceux réalisés à l’extérieur. S’additionne juste les difficultés liées à la particularité du secteur : « Moins de la moitié des détenus a déjà consulté un chirurgien-dentiste ». Le bilan bucco-dentaire est la première étape obligatoire pour chacun d’eux dès leur arrivée : « Lorsque la durée d’incarcération est très brève, 2 ou 3 mois en maison d’arrêt par exemple, c’est parfois l’unique rencontre avec le patient. C’est malgré tout une étape importante pour provoquer chez eux une prise de conscience, » rajoute Anne lors de son interview.

Malgré la spécificité du milieu dans lequel elle exerce, les difficultés démographiques demeurent identiques à celles rencontrées dans le milieu libéral : pas assez de chirurgiens-dentistes par rapport au nombre de cas à traiter. Sur les deux établissements qu’elle fréquente à Lille, le personnel n’est pas assez nombreux pour assurer la demande : « l’équivalent de trois temps plein serait nécessaire pour faire aboutir les soins dentaires de 500 personnes. On est loin de ces ratios. Il y a deux temps plein et deux temps partiel pour plus de 1500 détenus. » Le taux d’absentéisme des patients est également un point commun car il est lui-aussi relativement important, environ « 30 à 40 % des demandes exprimés par les patients. Mais ce phénomène s’explique par l’absence de motivation des détenus, des gens qui souvent n’ont pas eu d’éducation bucco-dentaire. Ils sont peu enclins à revenir si la prescription d’urgence a soulagé la douleur ».

Concernant la déontologie et le secret médical, l’équilibre est à la fois délicat et indispensable pour établir une confiance mutuelle entre le praticien et le patient. Mais Anne sait rester professionnelle : « les états pathologiques liés à la consommation de stupéfiants et les constats de séquelles à la suite de bagarre n’ont pas à être portés à la connaissance du système pénitentiaire et judiciaire. »

Pour ce qui est des locaux, la praticienne dispose du même équipement que dans  un cabinet standard.

L'AVENIR

Aujourd’hui, Anne a décidé de délaisser un peu le terrain. Elle s’occupe d’avantage de l’organisation du service et se focalise sur d’autres activités à l’institut de Lille. Elle livre ses projets à l’Indépendentaire : «  Après 18 années au quotidien sur le terrain en prison, j’ai passé la main à mes jeunes collaborateurs. Je me suis recentrée vers des activités plus du domaine médico-légal ».

Plus d’informations dans la revue n°110 du mois de Septembre 2013.

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